Il y a des moments où une nation exige de ses citoyens de la hauteur, de la responsabilité et de la lucidité. La Côte d’Ivoire traverse précisément l’un de ces moments.
Pendant que des familles sont jetées à la rue en pleine saison des pluies, pendant que des populations subissent des déguerpissements brutaux sans mesures d’accompagnement dignes, pendant que des citoyens perdent leurs biens, leurs repères et parfois leur dignité, certains trouvent encore le moyen d’occuper l’espace public avec des montages infantiles, des moqueries creuses et des distractions sans portée nationale.
Franchement, à quel moment le combat pour l’alternance est-il devenu un théâtre de folklore ?
Nous nous sommes rencontrés sur les réseaux autour d’une cause sérieuse : défendre la Côte d’Ivoire, dénoncer l’injustice, éveiller les consciences, soutenir une dynamique d’alternance crédible et parler des vrais problèmes du peuple. Mais à force de fabriquer du bruit autour de sujets sans profondeur, certains finissent par détourner les Ivoiriens des urgences réelles.
Le pays souffre, et eux distraient.
Le peuple attend des réponses, et eux servent des caricatures.
La nation réclame de la dignité, et eux s’enferment dans le spectacle.
Ces naufragés du temps ne comprennent pas que l’époque a changé. La Côte d’Ivoire n’a plus besoin d’une communication qui amuse les clans, flatte les rancœurs et recycle les vieilles obsessions. Elle a besoin d’une parole politique qui éclaire, qui rassemble, qui dénonce avec intelligence et qui pousse chacun à regarder les réalités en face.
Une image peut être une arme redoutable. Mais encore faut-il savoir l’utiliser.
L’image de Laurent Gbagbo, qu’on l’aime ou qu’on le conteste, appartient désormais à une partie de l’histoire politique ivoirienne. Elle porte des souvenirs, des blessures, des fidélités, des combats, des espoirs et des contradictions. Justement pour cela, elle ne devrait pas être réduite à un simple objet de folklore numérique, encore moins à un instrument d’endormissement populaire.
Ne pourrait-on pas utiliser l’image de ce symbole pour des causes plus nobles ?
Ne pourrait-on pas s’en servir pour appeler à l’unité nationale, à la réconciliation des mémoires, au respect des victimes, à la défense des plus faibles, au réveil civique de la nation ?
Ne pourrait-on pas transformer cette figure, au lieu de l’enfermer dans des montages de distraction, en un prétexte pour parler de justice, de paix, de dignité, d’éducation, de souveraineté et de responsabilité collective ?
Voilà la vraie question.
Au lieu de fabriquer des montages pour amuser la galerie, utilisez ces images pour dénoncer les déguerpissements sauvages. Utilisez-les pour pleurer les victimes. Utilisez-les pour montrer les familles abandonnées sous la pluie. Utilisez-les pour mettre en lumière l’absence d’humanité, de méthode et de justice dans certaines décisions publiques.
Utilisez-les pour dire qu’un peuple ne se réveille pas avec des distractions, mais avec des vérités. Utilisez-les pour rappeler que la politique n’est pas un jeu de clans, mais une responsabilité devant l’histoire. Utilisez-les pour montrer que la Côte d’Ivoire a besoin de retrouver son âme, sa compassion, sa mémoire et son sens de la justice.
Voilà à quoi devrait servir une communication politique intelligente : réveiller le peuple, pas l’endormir.
Pendant que des hommes et des femmes conscients mettent en marche une coalition pour répondre aux vrais défis de la Côte d’Ivoire, certains prisonniers du passé choisissent de ramener le débat dans les marécages de la distraction. Ils veulent faire rire là où il faut alerter. Ils veulent divertir là où il faut mobiliser. Ils veulent ridiculiser là où il faut construire.
C’est précisément cette légèreté qui affaiblit les combats justes.
La Côte d’Ivoire n’a pas besoin de clowns numériques. Elle a besoin de vigies. Elle n’a pas besoin de faiseurs de bruit. Elle a besoin de consciences debout. Elle n’a pas besoin de folklore politique. Elle a besoin d’une parole forte, utile, responsable et tournée vers le peuple.
À ceux qui continuent de confondre militantisme et divertissement, il faut le dire clairement : sortez du passé, regardez le pays réel, écoutez les souffrances du peuple.
L’alternance ne se construira pas avec des âneries répétées matin, midi et soir. Elle se construira avec de la vision, du courage, de l’organisation, de la discipline et une communication à la hauteur des enjeux.
La Côte d’Ivoire mérite mieux que ces distractions.
Elle mérite des femmes et des hommes capables de transformer chaque image, chaque mot, chaque publication en outil de conscience nationale.
Car pendant que certains jouent avec le folklore, le peuple, lui, cherche une issue. Pendant que certains recyclent le passé pour divertir, la nation, elle, attend qu’on lui parle d’avenir.


