Le rapport de la Commission vérité et conciliation publié il y a quatre ans n’a jamais été mis en application, alors que Kouadio Konan Bertin vient d’être nommé ministre de la Réconciliation nationale.
Auteur Carole Assignon

L’ex-candidat indépendant à la présidentielle Kouadio Konan Bertin nommé en début de semaine ministre de la Réconciliation nationale aura pour mission d’aplanir les différends entre le pouvoir et l’opposition et faire avancer une réconciliation nationale difficile depuis la crise post-électorale de 2010-2011. Mais pour certains Ivoiriens, au lieu d’un ministère de la Réconciliation, il serait plus judicieux de mettre en application les recommandations de la Commission vérité et réconciliation. La CDVR avait en effet publié en 2016 un rapport qui n’a jamais été mis en œuvre.

Afrique
Quelle place pour le rapport de la CDVR dans le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire?

Le rapport de la Commission vérité et conciliation publié il y a quatre ans n’a jamais été mis en application, alors que Kouadio Konan Bertin vient d’être nommé ministre de la Réconciliation nationale.

Elfenbeinküste Wahlen Alassane Ouattara

L’ex-candidat indépendant à la présidentielle Kouadio Konan Bertin nommé en début de semaine ministre de la Réconciliation nationale aura pour mission d’aplanir les différends entre le pouvoir et l’opposition et faire avancer une réconciliation nationale difficile depuis la crise post-électorale de 2010-2011. Mais pour certains Ivoiriens, au lieu d’un ministère de la Réconciliation, il serait plus judicieux de mettre en application les recommandations de la Commission vérité et réconciliation. La CDVR avait en effet publié en 2016 un rapport qui n’a jamais été mis en œuvre.
L’ex-candidat indépendant à la présidentielle Kouadio Konan Bertin lors de la présidentielle de 2020.

L’ex-candidat indépendant à la présidentielle Kouadio Konan Bertin lors de la présidentielle de 2020.

A sa création en 2011, la mission de la Commission vérité et réconciliation était claire :  » œuvrer en toute indépendance à la réconciliation et au renforcement de la cohésion sociale entre toutes les communautés vivant en Côte d’Ivoire“.

Au terme de son mandat, la CDVR a donc publié en 2016 un rapport sur les actions et recommandations nécessaires à la réconciliation. Dans ce rapport, la commission revenait sur les causes profondes des récentes crises ivoiriennes en l’occurrence la question du foncier, la pauvreté ou encore l’instrumentalisation de l’identité locale ou nationale.

La CDVR faisait par ailleurs le bilan des violations des droits de l’homme dans le pays à la suite d’auditions de victimes. Des victimes qui n’ont pas été suffisamment entendues selon Issiaka Diaby, président du collectif des victimes des crises survenues en Côte d’Ivoire.

Pour lui, la CDRV n’a pas été mis en place pour produire seulement un rapport.

« La CDVR devait œuvrer en vue d’un dialogue, de la manifestation de la vérité et de la réconciliation. Cette commission a failli à cette mission, elle a échoué. La société civile a été écartée, les victimes ont été abandonnées, alors que les victimes étaient à la recherche de la vérité et de la repentance… »

La vérité et la repentance avant d’aller à la réconciliation… ce qui n’a pas été fait du point de vue de Issiaka Diaby. Difficile donc selon lui que le rapport de la CDVR contribue à une réelle réconciliation.

Un rapport à ne pas négliger

Pour le sociologue et analyste politique Rodrigue Kone en revanche, ce rapport n’est pas à mettre au placard.
« Les résultats de la commission peuvent constituer une base. La commission a fait tout un travail de rapprochement des communautés mais ce travail est fragilisé par la fracture politique qui persiste. Second élément important également, c’est la question de la prise en charge des victimes. Et troisième élément important, c’est la question de la justice, puisque l’impunité reste un des facteurs de la reproduction des crises en Côte d’ivoire » explique t-il.

Dans son rapport, la CDVR recommande justement la restauration et le renforcement de l’Etat de droit, la gestion efficiente de la pression foncière liée à la migration, une justice accessible et équitable pour tous et l’indépendance effective de la justice.

Mais également des réparations financières ou symboliques à l’endroit des victimes des crises en Côte d’ivoire. Pour de nombreux observateurs, l’échec de la réconciliation nationale est un des points noirs du bilan des deux premiers mandats du président Ouattara. Alors qu’il vient d’entamer son troisième mandat, cette thématique de la réconciliation sera sans doute au centre de l’attention.

Source : dw.com