La partie présidentielle projette une victoire de son champion Alassane Ouattara dès le premier tour du scrutin présidentiel avec un score de 65%. Un calcul qui repose essentiellement sur l’abstention des régions traditionnellement fidèles à Laurent Gbagbo.

À moins de deux mois de la présidentielle, les calculs électoraux et projections en tous genres accaparent les états-majors des principaux candidats. Au Rassemblement des Houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP, présidentiel), les cadres travaillent sur un scénario dans lequel Alassane Ouattara serait élu dès le premier tour du scrutin avec un score avoisinant 65%. Un score particulièrement optimiste puisque c’est près de 5 points de plus que les 60% sur lesquels misait le RHDP en cas de candidature d’Amadou Gon Coulibaly. Ce chiffre est par ailleurs très éloigné des projections de plusieurs partis d’opposition, qui estiment que le score d’Alassane Ouattara au premier tour ne pourrait dépasser les 30%.

LE PARTISANS DE GBAGBO DÉMOBILISÉS

Pour arriver à un tel résultat, la formation présidentielle applique la vielle règle électorale dite « l’abstention différentielle », c’est-à-dire qu’elle anticipe que près de 30% du corps électoral ne se rendra pas aux urnes. Le RHDP va jusqu’à tabler sur un taux d’abstention supérieur à 30% dans plusieurs régions du Centre-Ouest et du Sud, historiquement acquises à Laurent Gbagbo, qui est originaire du Centre. Face à un Front populaire ivoirien (FPI) plus que jamais divisé, le RHDP estime ainsi que moins d’un tiers des militants de la formation politique voteront pour l’actuel secrétaire général du FPI, Pascal Affi N’Guessan, crédité selon les calculs du parti présidentiel de moins de 8% (lors du scrutin de 2015, « Affi » avait obtenu 9,2% des voix).
Méthode Coué ou prédiction avisée, le RHDP calcule que deux tiers des électeurs feront quant à eux le choix de l’abstention. Une anticipation risquée, puisque plusieurs pro-Gbagbo ont d’ores et déjà appelé les militants du parti à se rendre coûte que coûte aux urnes le 31 octobre, pour faire « barrage au troisième mandat Alassane Ouattara ». Dans le même temps, la formation présidentielle mise sur une très importante mobilisation de l’électorat du Nord au profit du président ivoirien.

HKB JUGÉ HORS-JEU

L’hypothèse d’un déport des voix qui devaient se porter sur Laurent Gbagbo vers Henri Konan Bédié (HKB) au premier tour est jugée peu crédible par des cadres de la formation présidentielle. Une alliance a néanmoins été passée entre les deux anciens présidents pour faire front commun contre le RHDP en cas de second round. Selon les mêmes projections de la formation présidentielle, le score d’Henri Konan Bédié serait estimé à, 20%, bien en deçà des 25% qu’il avait réalisé en 2010.
Là encore, difficile de distinguer l’analyse du vœu : en 2015, c’est grâce au soutien apporté par la formation d’Henri Konan Bédié que Ouattara avait largement remporté le scrutin dès le premier tour avec 83,7%. Un scénario qui ne se renouvellera pas en octobre : les relations entre les deux hommes, qui ne s’adressent plus la parole depuis un an et demi, sont devenues exécrables, et des proches de Bédié sont même dans le collimateur du pouvoir, tel son neveu, le député Olivier Akoto.
Plusieurs cadres du RHDP accusent ce dernier d’avoir planifié les manifestations qui se sont tenues à Daoukro les 11 et 12 août. Ces derniers avaient été émaillées de très violents, sur fond de tensions communautaires entre Baoulé et Malinké.
Enfin, les « petits candidats » à l’instar d’Albert Toikeusse Mabri ou encore de Marcel Amon Tanoh sont crédités à moins de 3% par le RHDP. L’ensemble des scénarios de la formation présidentielle exclut en revanche tout second tour, une hypothèse qui pourrait favoriser un ballotage défavorable à Alassane Ouattara