Par l Alexandre Vare |5 décembre | 2020

Arrivé à Abidjan par un vol privé, le 13 décembre, en compagnie de son fils, Jean, et du fils issu de l’union entre Carla Bruni et le philosophe Raphaël Enthoven, Nicolas Sarkozy est bien plus qu’un invité parmi d’autres venus assister à l’investiture d’Alassane Ouattara, prévue le lendemain. Pour le chef de l’Etat ivoirien, il fait figure de véritable caution au terme d’une candidature et d’un scrutin présidentiel contestés par l’opposition ivoirienne, lesquels ont par ailleurs soulevé le scepticisme de la France.

Lors de son entretien avec son homologue, début septembre à Paris, Emmanuel Macron avait réitéré le souhait de voir émerger une nouvelle génération politique en Côte d’Ivoire après la décision d’Alassane Ouattara de briguer un troisième mandat. Dès le 1er novembre, au lendemain de la présidentielle, le même Emmanuel Macron fut le premier responsable à faire pression afin d’engager de rapides pourparlers entre le pouvoir ivoirien et ses adversaires réunis dans un Conseil national de transition (CNT), aujourd’hui dissous. Même si les deux hommes se connaissent de longue date – Nicolas Sarkozy a marié Alassane Ouattara à Dominique Folloroux, le 24 août 1991, à la mairie du XVIème arrondissement de Paris après avoir été présenté par Martin Bouygues – l’ex-locataire de l’Elysée permet une représentation de la France à un niveau élevé tout en contrebalançant, au niveau international, les perceptions négatives liées au troisième mandat./p>

Réseaux

Ce déplacement, trois jours après la fin de son procès pour «corruption et trafic d’influence» dans l’affaire Bettencourt, permet parallèlement à Nicolas Sarkozy de cultiver ses réseaux africains. Depuis son retrait de la vie politique, ce dernier est très actif sur ce continent. Outre des conférences, il défend surtout les intérêts d’Accor dont il est l’administrateur depuis février 2017. Le groupe hôtelier l’a sollicité pour développer ses projets en étroite association avec Katara Hospitality, fonds qatari dédié à l’Afrique et doté de plus d’un milliard $. D’autres entités font également reposer leur business africain sur les épaules de Nicolas Sarkozy. C’est le cas de Chargeurs piloté par Michaël Fribourg.

En avril 2019, le staff exécutif de ce groupe accompagnait l’ancien chef de l’Etat à Dakar pour l’investiture du second mandat de Macky Sall. Un mois plus tard, le 16 mai, Nicolas Sarkozy dînait au restaurant du Peninsula Hôtel à Paris avec Paul Kagamé, qui avait participé au salon VivaTechnology (Vivatech). En février 2010, il avait été le premier officiel français à se rendre à Kigali depuis le génocide de 1994. Entre temps, il avait joué les médiateurs dans le conflit opposant Alpha Condé à l’homme d’affaires israélien Beny Steinmetz, patron de Beny Steinmetz Group Resources (BSGR) dans son différend concernant son contrat pour l’exploitation du mont Simandou. Ancien conseiller – officieux – chargé de l’Afrique, Robert Bourgi continue parallèlement de lui ouvrir son carnet d’adresse en lui présentant diverses personnalités de haut rang. Début 2020, Nicolas Sarkozy a ainsi fait la connaissance du nouveau président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embalo, proche des intérêts français, alors même que la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao) n’avait pas encore reconnu la victoire de ce dernier.