BOYCOTT

Alassane Ouattara aura-t-il un challenger le 31 Octobre 2020 lors de la troisième élection présidentielle de sa carrière politique ? Pas sûr. L’opposition ivoirienne pourrait appeler dans les prochaines semaines à un boycott du scrutin présidentiel pour manifester son désaccord face à un processus « pipé » d’avance, a appris LSI AFRICA, en exclusivité, ce jeudi.

40 des 44 candidatures déposées ont été rejetées par la Cour constitutionnelle Ivoirienne. Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, Mamadou Koulibaly, Mabri Toikeusse, pour ne citer que ceux-là, ont été écartés de la course à la présidentielle du 31 Octobre. « Je conteste vigoureusement la décision injuste et infondée prise par le Conseil constitutionnel. Je considère que c’est une décision inique, politiquement motivée, juridiquement boiteuse et qui s’inscrit dans une logique d’anéantissement de la démocratie et l’Etat de droit », avait immédiatement réagi Guillaume Soro sur les réseaux sociaux. Ce jeudi, l’ancien président du Parlement Ivoirien en a remis une couche lors d’une conférence de presse à Paris : « Maintenir l’élection du 31 octobre n’a aucun sens, y participer serait cautionner le coup d’État institutionnel d’Alassane Ouattara. Il ne peut pas y avoir d’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Le scrutin n’aura pas lieu » a-t-il martelé.

Selon nos informations, au lendemain de la publication des candidatures retenues par le Conseil constitutionnel, les leaders de l’opposition Ivoirienne se seraient concertés pour étudier l’éventualité d’un boycott. Un blocage du scrutin présidentiel pourrait obliger le candidat du RHDP, Alassane Ouattara à revenir à la table des négociations pour la tenue d’un scrutin inclusif avec le retour des exilés, la libération des prisonniers politiques et le retrait de la candidature de Alassane Ouattara. Une stratégie redoutée au sein du RHDP et qui inquiète au plus haut sommet de l’Etat Ivoirien. Dans les coulisses, plusieurs proches du Premier ministre Hamed Bakayoko ne cachent plus leur déception. Ces derniers sont convaincus que la seule candidature qui pouvait éviter le blocage du scrutin et assurer une victoire au camp présidentiel est celle de leur mentor. « Hambak ne fait pas l’unanimité au sein du RHDP, mais il aurait été le candidat du consensus« , nous a confié un proche du successeur de Amadou Gon Coulibaly à la primature.

Pour ou contre le boycott 

Dans l’entourage de Guillaume Soro, si certains militent pour un boycott du scrutin par les ténors de l’opposition, un courant milite plutôt pour que Henri Konan Bedié et Alassane Ouattara se retirent, car ces derniers ne sauraient « incarner l’avenir » de la Côte d’Ivoire. Du côté de Laurent Gbagbo, à défaut d’un boycott, plusieurs de ses proches sont dans une posture de « GOR », c’est à dire, Gbagbo ou Rien. Pour l’ancien président Ivoirien, il est exclu d’appeler à voter pour un candidat en particulier. Pascal Affi Nguessan, même si l’idée d’un boycott fait son bonhomme de chemin dans son entourage, le candidat du FPI préfère que toute l’opposition face bloc autour de sa candidature. Mission quasi impossible. 
Quid de Kouadio Konan Bertin alias KKB, le candidat indépendant dont la position est, jusque-là, restée floue ? Ouvertement en conflit avec son ex-mentor, Henri Konan Bedié, il se murmure dans le paysage politique Ivoirien que deux cadres influents du RHDP ne seraient pas étrangers au paiement de la caution de 50 millions de francs CFA de Kouadio Konan Bertin. « KKB ira jusqu’au bout« , nous a indiqué ce jeudi in porche du candidat.

Henri Konan Bedié repêché !

C’est une info LSI AFRICA. Henri Konan Bedié, le candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire sur qui planait le spectre d’un rejet de sa candidature, a finalement été retenu par le Conseil constitutionnel. Le candidat du PDCI (membre du conseil constitutionnel) devrait en réalité être frappé d’inéligibilité puisque l’article 50 du Code électoral « dispose que la candidature à la Présidence de la République d’un membre du Conseil constitutionnel ne peut être acceptée pendant l’exercice desdites fonctions et pendant les six mois qui suivent la cessation de celle-ci, de quelque manière que ce soit ».  Mais selon nos informations, la validation de la candidature de Henri Konan Bedié émanerait plutôt d’une décision politique à laquelle le président Ivoirien Alassane Ouattara ne serait pas étranger. En effet, quelques jours avant l’annonce officielle des « sages » de la Cour constitutionnelle, le chef de l’Etat Ivoirien est informé de la mise à l’écart de son allié d’hier, Henri Konan Bedié. Alassane Ouattara pique une colère noire. D’une part, l’image renvoyée serait désastreuse pour lui auprès de la communauté internationale et, d’autre part, Alassane Ouattara a toujours secrètement rêvé de se retrouver face à face avec Henri Konan Bedié (Ado n’a jamais fait le deuil de « l’ivoirité »). Dans la foulée, Alassane Ouattara aurait demandé à son frère cadet, Téné Birahima Ouattara, de veiller à un retour « sans condition » du nom de Henri Konan Bedié sur la liste définitive des candidats retenus. Lors de la publication de cette liste définitive, un « étrange courrier datant du 31 Août 2004 » permettra finalement aux juges de la Cour de valider la candidature de HKB. Dans l’entourage de l’ancien président Ivoirien, un boycott est fortement envisagé. « Ce scrutin est quasiment sa dernière grande bataille politique. Le président Bedié est un sage et il n’acceptera jamais d’aller à des élections dont le vainqueur est connu d’avance« , nous a affirmé Jean-Siméon, 77 ans, qui totalise 31 ans de militantisme au sein du PDCI.

A moins de deux mois de la présidentielle Ivoirienne, l’opposition veut donc user du boycott pour qu’une future victoire de Alassane Ouattara, en cas de forcing de ce dernier, soit entachée et décrédibilisée. Ce boycott pourrait aussi obliger l’exécutif ivoirien à envisager un report du scrutin, une position sur laquelle s’aligne l’Elysée depuis plusieurs semaines. 

Source : lsi-africa.com