Les pays n’ont pas d’amis, ils ont seulement des intérêts, dit-on souvent ici et là. Mais est-il juste et normal que la Côte D’Ivoire, un pays resté très attaché à la France en dépit des atrocités coloniales, soit toujours payée en monnaie de singe et de sang ?

De GUY PATRICK VERMONT DOBA

La colonisation anglaise aura été, plus bénéfique aux ex-colonies que la colonisation française. C’est avec une vive amertume et un réel pincement au cœur que, comme francophones et francophiles, les ivoiriens appréhendent très souvent, pour mieux la cerner, la nature des relations que la France entretient avec ses anciennes colonies d’Afrique. La vérité est que la colonisation française avait pour objectif, entre autres, de tuer l’africain en tout africain, de faire de lui un être sans racines, sans mémoire, sans âme, sans passé, sans présent et donc sans aucun autre avenir que l’avenir qui lui serait assigné par la France selon ses intérêts économiques et géopolitiques.

Ceux qui en doutaient encore viennent de tout comprendre. Les péripéties du 3èmemandat illégal de Dramane viennent en effet d’obliger la France à se démasquer encore pour montrer son vrai visage, le visage hideux d’une nation impérialiste, égoïste et criminelle. Ne nous y trompons pas, tout ce que Dramane dit ou fait lui est ordonné depuis Paris. Cherche-t-il à « créer » un « ivoirien nouveau » ? Il aura en réalité reçu de Paris l’ordre d’appliquer cette sombre volonté néocoloniale restée vaine d’exterminer l’ivoirien de fibre authentique et multiséculaire pour, en lieu et place, implanter un apatride issu de la CEDEAO ou de nulle part, un personnage perdu, docile et manipulable à souhait, n’ayant pour unique préoccupation que d’étendre partout des champs de cacao, de café, de palmier et d’hévéa.

A-t-il combattu l’ivoirité ? Il aura sans doute reçu de Paris l’ordre de ressusciter le combat vainement mené jadis par le colonisateur français pour tenter de déposséder le colonisé africain de tous ses repères. En quoi prôner l’ivoirité et s’en enorgueillir peut-il constituer un crime ? Pourquoi ce qui est béni ailleurs est-il si maudit en Côte D’Ivoire ?

Le 12 octobre, les espagnols fêtent « El Dia de la Hispanidad ». En français, c’est « La Journée de L’Hispanité » (L’Espagnolité). C’est d’ailleurs leur fête nationale (Ley 18/1987). Elle exalte la fierté d’être espagnols, d’être fils et filles d’une même nation et d’avoir en commun des racines solides, des liens linguistiques et culturels toujours vivaces. Cette fête a lieu chaque année et personne ne s’en indigne en Europe ni ne crie au scandale.

Face à Chirac et à Sarkozy, le peuple ivoirien savait clairement à quel genre d’individus il avait affaire. A côté de ces deux vieux démons, Macron apparaissait comme un petit ange mais en fait il reste pour la Côte D’Ivoire et l’Afrique toute entière, l’ennemi le plus perfide donc le plus dangereux. Avec Macron au pouvoir en France, la Côte D’Ivoire ne sortira jamais du marasme social et politique dans lequel ses prédécesseurs l’ont installée et les ivoiriens continueront de devenir des étrangers sur la terre de leurs ancêtres. Depuis la période coloniale, depuis l’avènement des indépendances, notre pays n’a jamais affronté une menace de la dimension de celle que représente actuellement ce trio infernal que forment Macron, Ouattara et Le Drian. Personne en Côte D’Ivoire ne fait ainsi confiance à la vaccination générale prévue par Dramane pour le mois d’avril 2021, surtout que la pandémie du Covid-19 semble avoir été faiblement ressentie.

Rendons-nous à l’évidence et soyons clairs avec notre peuple. La France veut reconstruire son ancien empire colonial en Afrique pour mieux se porter au sein d’une Union Européenne où rivalités et égoïsmes prennent de plus en plus le pas sur une véritable volonté d’union. Pour ce faire, elle veut s’accaparer tout : La monnaie (CFA, ECO, etc.), le pétrole, les terres, la mer, les mines, les ports, les aéroports, les projets d’équipement, la défense, la sécurité, etc. Macron l’a avoué dans Jeune Afrique : « L’avenir de la France est en Afrique ». Le président français nous cache cependant que pour capter ces intérêts visés, cette France deviendra encore plus violente, brutale, cynique, inique, hypocrite, qu’elle fermera les yeux sur les dérives et les exactions des régimes dictatoriaux et soutiendra les autocrates africains à travers une protection militaire et diplomatique.

Le peuple ivoirien doit se déterminer et assumer avec courage et abnégation le devoir de rupture que cette France lui impose.

Macron qui accuse les cyberactivistes d’être manipulés par la Russie et la Turquie qui susciteraient selon lui le ressentiment colonial anti-français, devrait savoir que depuis la fin des années 80, après l’éclatement du bloc soviétique et la chute du mur de Berlin, la Russie avait déjà repensé et actualisé ses stratégies globales. Le peuple bolivarien du Venezuela résiste depuis des années aux manœuvres américaines pour lui faire plier l’échine. Le peuple syrien ne cède pas face aux multiples tentatives internationales de désorganisation de la Syrie. Si Nicolas Maduro et Al-Assad tiennent bon, c’est bien grâce à la présence et au soutien de la Russie.

Le premier sommet Russie-Afrique (22 au 24 octobre 2019) à Sotchi a déjà donné le coup d’envoi du retour de la Russie sur notre continent, 40 chefs d’état africains s’étaient retrouvés à cette occasion autour de Vladimir Poutine. Le président russe a déjà effectué une visite en Algérie en mars 2006 puis en Afrique du Sud et au Maroc en septembre de la même année. Les liens idéologiques avec tous les pays antérieurement proches du Bloc soviétique comme le Soudan, l’Éthiopie, l’Égypte et autres ont été réactivés, recyclés et diversifiés pour se muer en relations de coopération militaire, économique et de lutte contre le terrorisme.

Contrairement à la France, la Russie ne vient pas en Afrique pour s’emparer du pétrole et des minerais, elle en a déjà très suffisamment chez elle. Elle vient pour des raisons purement géostratégiques afin de mieux promouvoir son expansion sur le plan mondial et de briser à sa frontière sud le carcan militaire régional dans lequel l’OTAN a voulu l’enfermer. Elle respecte la souveraineté des états et se garde de se mêler de leurs affaires internes. Une telle carte de visite séduit beaucoup en Afrique et déjà aujourd’hui la Russie est présente dans plus de huit (8) pays africains dont le Mali et la Centrafrique. Le tour viendra bientôt pour notre pays de monter dans ce train de l’espérance. La rupture avec la France doit devenir un devoir national, mieux un impératif. C’est une question de survie.

GUY PATRICK VERMONT DOBA
MADRID, ESPAGNE