DERRIÈRE L’INITIATIVE POLITIQUE DE LAURENT JOFFRIN, L’OMBRE DE FRANÇOIS HOLLANDE

par | Juil 19, 2020 | France, Politique | 0 commentaires

DÉCRYPTAGE

Le journaliste quitte la tête de Libération pour lancer une nouvelle formation politique susceptible d’être une rampe de lancement pour François Hollande en 2022.

À 68 ans, Laurent Joffrin quitte Libération pour lancer un rassemblement de la gauche et des écologistes. Cette nouvelle formation censée dépasser ou englober les partis traditionnels se veut portée par la société civile. Lundi, lors d’une conférence de presse, il présentera son équipe constituée d’intellectuels, d’artistes, de chefs d’entreprise, de syndicalistes… En réalité, beaucoup s’interrogent sur la proximité de Laurent Joffrin avec François Hollande et se demandent si ce mouvement n’est pas une simple rampe de lancement pour une nouvelle candidature de l’ex chef de l’État.

Jean-Marie Cambacérès à la manœuvre avec Laurent Joffrin

En effet, un autre ami de François Hollande, Jean-Marie Cambacérès, ancien député-maire de Sommières (Gard) est aussi à la manœuvre dans la création de cette nouvelle formation. Condisciple de François Hollande à l’Ena, il s’est engagé dans sa campagne de 2012. Cambacérès avait créé en mai 2010, un club, Démocratie 2012, constitué de hauts fonctionnaires et de chefs d’entreprise dévoués à Hollande. Ce club est toujours actif et porte désormais le nom D12.

Dans un message destiné aux membres de ce club que s’est procuré Le Figaro, Jean-Marie Cambacérès donne quelques informations sur le «nouveau mouvement démocrate, social, républicain et écologiste» auquel il travaille «depuis janvier, autour de Laurent Joffrin». Une initiative «souhaitée depuis longtemps» et «retardée par le Covid-19». «L’appel» lancé lundi sera accompagné d’une «première liste de signataires» et sera accompagné «d’une plateforme interactive (style Obama, modernisée)».

« Les élus et les politiques ne pourront venir qu’après »

Ce mouvement, dans un premier temps, « ne doit pas être ‘connoté’ et doit être exclusivement ‘société civile’ » leur écrit-il. «Les mois d’août-septembre doivent garder toujours un caractère très majoritairement société civile (…) Les élus et les politiques ne pourront venir qu’après». «L’heure est grave, écrit-il encore. Emmanuel Macron va continuer pendant deux ans ce qu’il a fait les trois dernières années, et même peut-être en pire. Jean-Luc Mélenchon et les Verts sont sur des starting-blocks et en pole position pour 2022. Le PS plafonne dans les sondages nationaux entre 3 et 6%, malgré un bon réseau sur le terrain. » Cambacérès l’assure : « Ça ne peut plus durer. Il nous reste un peu moins de deux ans pour agir ».

L’objectif est ambitieux. Il consiste à « engager une dynamique citoyenne pour peser sur la suite et entraîner un grand mouvement qui permettra, à ce que nous représentons, d’être présent au deuxième tour des élections présidentielles de 2022 et casser ce qu’on nous annonce : un nouveau duel Macron-Le Pen dont la France ne se relèverait pas ». François Hollande n’est pas nommé dans ce message, même si l’existence même du club D12 est intimement liée à lui. « François Hollande sait que son nom risque de susciter le rejet, il vaut mieux donc ne pas le mettre trop en avant que l’initiative prenne un peu d’ampleur », avance un cadre socialiste.

« Joffrin veut sauver la gauche, quel homme !»

Du côté du PS, l’entourage du premier secrétaire Olivier Faure ne souhaite pas commenter l’initiative pour le moment. Mais l’agacement est perceptible. Et le nom de François Hollande est avancé comme étant bien dans l’ombre, derrière Joffrin. Sur Facebook, l’ancien député PS, qui fut proche de François Hollande, Laurent Grandguillaume se montre de son côté assez rude. « Joffrin veut sauver la gauche, quel homme ! Mais il est de ceux qui n’ont pas compris que la gauche des citoyens renaîtra seule, libérée de sa Nomenklatura », écrit-il sur sa page Facebook. Sa «Nomenklatura», à le lire, « c‘est cette gauche bureaucrate qui accélérait, le pied bien lourd, pour foncer droit dans le mur sans jamais se remettre en cause, loin des causes du peuple ».

Du côté de François Hollande, on nie toute implication dans ce nouveau mouvement même si on reconnaît des liens « forts » d’amitié avec Laurent Joffrin « depuis 40 ans ». On nie aussi, alors que certains l’avancent, toute implication des réseaux artistiques et people de Julie Gayet, la compagne de l’ancien chef de l’État.

« Je ne suis pas la marionnette de François Hollande ! »

 

Interrogé par Le Figaro, Laurent Joffrin proteste : « Une chose est sûre, je ne suis pas la marionnette de François Hollande. Entré au PS en 1972, j’ai l’âge de me déterminer seul. Quant à la candidature de François Hollande, c’est une hypothèse qui me paraît baroque pour le moment, ajoute-t-il, et nul ne sait ce qu’il en sera dans un an, ni d’ailleurs ce que sera la situation dans un an ». L’ancien patron de Libération affirme simplement vouloir « mieux représenter un secteur de l’opinion à gauche qui n’est ni celui des rouges, ni celui des verts ». Ce troisième courant donc, « insuffisamment affirmé », se veut « républicain et écologiste ». L’écologie étant « englobée par la question de l’égalité ». Joffrin veut « renouer avec le peuple » avec une politique « réaliste » et toucher « les déçus de Macron ».

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Play
Play
Play
Play
Play
Play
Play
previous arrow
next arrow
previous arrownext arrow
Slider

Abonnez-vous à notre newsletter

Rejoignez notre liste de diffusion pour recevoir les dernières nouvelles et mises à jour de notre équipe.

Vous vous êtes enregistré avec succès

Share This