Décès du Premier ministre ivoirien : Ils n’ont pas voulu qu’il meurt en France

par | Juil 9, 2020 | Côte d'Ivoire | 0 commentaires

Les derniers instants de la mort du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, candidat du Rhdp à la présidentielle d’octobre 2020, montrent que le pouvoir d’Abidjan n’a pas voulu qu’il meurt en France. Il a été conditionné par les médecins de l’hôpital La-Pitié Salpêtrière de sorte qu’il puisse supporter le long voyage et montrer aux ivoiriens et rassurer ses partisans qu’il est physiquement prêt pour aborder le dernier virage précédant le scrutin de la présidentielle.

Le 2 mai dernier, Amadou Gon Coulibaly a été évacué d’urgence sur Paris, en plein confinement, pour un « contrôle médical », selon le gouvernement. « Je suis à Paris depuis le dimanche 3 mai 2020, dans le cadre de mon contrôle médical périodique à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Hier, lundi 4 mai 2020, j’ai effectué un examen de coronarographie. A l’issue de cet examen, mon médecin traitant m’a prescrit un suivi médical et une période de repos. Je poursuivrai donc mon séjour en France pour quelques semaines avant de regagner la Côte d’Ivoire», avait-il écrit sur sa page Facebook.

Alors que ses détracteurs l’annonçaient dans un état « végétatif », Amadou Gon Coulibaly, superbement habillé dans un costume et présentant un visage radieux, s’entretient par visioconférence avec le Chef de l’Etat Alassane Ouattara. La télévision nationale et les journaux proches du pouvoir en font leurs choux gras. Le lendemain de cet entretien, le gouvernement est remanié. Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Dr Abdallah Albert Mabri Toikeusse, opposé au choix du Premier ministre comme candidat du RHDP à la prochaine présidentielle, est limogé. Des cadres, de son parti font leur entrée dans le gouvernement. Dans les jours qui ont suivis, le retour d’Amadou Gon dit le Lion au pays est annoncé. Les militants du RHDP s’organisent pour lui réserver un accueil chaleureux. Curieusement, l’avion présidentielle parti le chercher retourne bredouille, après quelques jours de stationnement à Paris. Aucun communiqué, ni explication n’a été entendu à ce niveau. L’on constate un silence radio du côté de Paris, où séjourne le Lion.

Le 1er juillet, le candidat du RHDP crève les écrans. Il reçoit l’Ambassadeur de la Côte d’ivoire en France, SEM Maurice Kouakou Bandama accompagné de ses collaborateurs. Dans la même journée, il s’entretient avec le Conseiller Afrique de la république française, M. Franck Paris. L’espoir est donc permis. Le 2 juillet, Amadou Gon Coulibaly rentre de manière triomphale en Côte d’ivoire. Il est accueilli par le Président de la République Alassane Ouattara et son épouse. « Me voilà de retour en forme après deux mois passés à Paris pour un contrôle médical suivi de repos. Je suis de retour pour prendre ma place aux côtés du Président de la République S.E.M. Alassane Ouattara, afin de continuer l’œuvre de développement et de construction de notre pays, la Côte d’Ivoire», rassure-t-il sur sa page Facebook.

Une fois dans son pays, Amadou Gon Coulibaly se prive de tout repos. Il se met à la tâche. Rencontre avec ses collaborateurs de la primature,  audience avec l’Ambassadeur de France en Côte d’ivoire, SEM Giles Huberson  etc.

Mercredi 8 juillet, Gon Coulibaly arrive au conseil des ministres. Rien n’indique qu’il a des soucis. Il est accueilli par le protocole. Il se porte comme un charme. Dans la salle, Amadou Gon Coulibaly est tout souriant. Tout à coup, les choses se précipitent. Le Premier ministre est frappé d’un malaise. Evacué d’urgence dans une clinique de la place, l’horloge s’arrête pour lui. Ainsi, Amadou Gon Coulibaly est « mort à la tâche », en « Côte d’Ivoire » et « hors de la France », comme souhaité.

Vague de compassions en Côte d’Ivoire et dans le monde

Le brusque décès du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly a fortement marquée la classe politique ivoirienne, notamment l’opposition. « J’ai perdu un fils, un collaborateur » , a déclaré Alassane Ouattara. « Je rends hommage à mon jeune frère, mon fils, Amadou Gon Coulibaly, qui a été, pendant trente ans, mon plus proche collaborateur. Je salue la mémoire d’un homme d’Etat, de grande loyauté, de dévouement et d’amour pour la Patrie. Il a incarné cette jeune génération de cadres ivoiriens de grande compétence et d’extrême loyauté à la Nation», a réagi le Président Alassane Ouattara.

Le président du Front populaire ivoirien (FPI), principal parti d’opposition en Côte d’ivoire, Pascal Affi N’guessan s’est dit également affligé. « J’apprends avec effroi le décès, ce jour, du 1er ministre Amadou Gon Coulibaly. En cette douloureuse circonstance, en attendant le communiqué officiel du parti, j’adresse mes condoléances les plus sincères à sa famille, au Chef de l’Etat, au RHDP, à la communauté musulmane, à toute la classe politique ivoirienne et à la Côte d’Ivoire», a-t-il réagi.

L’ancien leader de la rébellion, Guillaume Soro, ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’ivoire, n’est pas en reste. «J’apprends ce soir le décès du Premier Ministre de la Côte d’Ivoire M. Amadou Gon-Coulibaly avec qui j’ai partagé une longue fraternité même si ces temps-ci, je n’ai pas eu l’opportunité de lui parler. À cet instant de grande tristesse pour ma famille et moi, nos pensées vont à l’endroit de son épouse et de ses enfants. Nos épouses et nos enfants se sont fréquentés depuis la longue traversée de désert des années 2002 en France. Ces liens n’ont jamais été érodés en dépit de l’atmosphère politique ambiante», a-t-il écrit depuis son exil parisien.

« C’est avec une grande consternation que je viens d’apprendre le décès, survenu ce mercredi 08 juillet 2020, de Son Excellence Amadou Gon COULIBALY, Premier Ministre, Ministre du Budget et du Portefeuille de l’Etat, Chef du gouvernement de la République de Côte d’Ivoire. Son décès, inattendu ce jour, nous afflige profondément. Grand serviteur de l’état, il reste un exemple de loyauté et de fidélité dans le respect de ses convictions politiques», a réagi le président du PDCI-RDA, Henri Konan Bedié.

Le COJEP de Charles Blé Goudé, en liberté provisoire à La haye et autres leaders politiques ivoiriens se sont dits attristés par le brusque décès du chef du gouvernement.

Le Président de la République du Niger a lui aussi été profondément touché. « C’est avec une grande émotion que j’ai appris le décès ce jour du Premier Ministre de la Côte d’Ivoire, Amadou Gon Coulibaly. En cette circonstance douloureuse, j’adresse mes sincères condoléances à sa famille, au Président Alassane Dramane Ouattara et au peuple Ivoirien. Paix à son âme», a-t-il déclaré.

 

Pierre Constantin LA FAYETTE

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