Affaire « un gendarme disparu à Zatta »: Les villages d’Abouakouassikro et Bonzi exigent la libération de leurs enfants et invitent le procureur à enquêter du côté du ministère du budget

À en croire les habitants d’Abouakouassikro et Bonzi, deux villages de la commune de Yamoussoukro, dont nous avons rencontré certains, le vendredi 27 novembre, le procureur de la République Adou Richard doit plutôt orienter ses enquêtes vers le ministère du budget auprès duquel le gendarme disparu a été affecté. En conséquence, ils exigent la libération de leurs enfants que la gendarmerie a interpellé dans le cadre de cette affaire.

La version des villageois que nous avons entendue est très différente du communiqué du procureur de la République.
 » Le gendarme en question a été victime d’un auto-braquage. Nos jeunes sont tout simplement réprimés par le pouvoir, parce qu’ils se sont énergiquement opposés au troisième mandat d’Alassane Ouattara », ont dit d’entrée nos interlocuteurs, avant d’apporter leurs éclairages.
 » Il ne s’agissait pas d’un cortège de ministre. C’était un seul véhicule 4×4. Ce jour là, les occupants de cette voiture forçait les barrages pour venir en tirant sur les jeunes qui tenaient les corridors. Arrivés à Bonzi, ils ont tiré sur les jeunes et ont forcé le passage. Quand la voiture est arrivée au niveau d’Abouakouassikro, ç’a été la même scène. Les occupants se sont mis à tirer. Les jeunes se sont dispersés parce qu’ils n’étaient pas armés. C’est en forçant le barrage que la voiture a percuté un bloc de béton et s’est retrouvée les quatre roues en l’air dans le décor. Deux hommes en costume sont sorti de la voiture endommagée et ont tiré dans la tête du chauffeur qui était coincé par le volant. Ils ont sorti une grosse mallette, sûrement remplie d’une forte somme d’argent, et ont pris la fuite. Quand les jeunes ont essayé de les poursuivre, ils sont tombés en brousse et ils sont partis. Aucun jeune n’a tiré sur la voiture, ni à Zatta, ni à Abouakouassikro. C’est ceux qui étaient dans la voiture qui se sont tirés dessus. Voici la vérité. Nous sommes surpris du contenu du communiqué du procureur. « , ont-ils expliqué. Puis de s’interroger. « Comment les gens pouvaient savoir que le gendarme était musulman et qu’il fallait l’enterrer dans un linceul blanc? Il n’y avait pas aussi de marché parce que la situation était tendue et la ville n’était pas accessible; comment auraient-ils pu acquérir ce linceul? C’est vraiment rocambolesque », ont-ils réagi.

Pourquoi ont-ils alors enterré le gendarme?
 » Vous savez que la période était tendue. Aussi, les gens ne pouvaient pas garder un corps qu’on ne connait pas. Même si les gens alertaient la police ou la gendarmerie, ils allaient dire que c’est eux. Ils n’avaient pas le choix », ont-ils répondu. Exigeant la libération des leurs.
 » Que le procureur libère nos enfants. Ce ne sont pas eux qui ont tué le gendarme. Qu’il mène aussi ses enquêtes au ministère du budget là bas aussi », ont clamé nos hôtes.

CI-DESSOUS LE COMMUNIQUE DU PROCUREUR DE LA REPUBLIQUE D’ABIDJAN

Le procureur de la république, Adou Richard
Le samedi 31 octobre 2020, un convoi de trois véhicules à bord desquels se trouvaient trois chauffeurs et trois agents des forces de l’ordre affectés à la sécurité du Ministre du Budget et du Portefeuille de l’État, avait été pris à partie dans le village de Zatta, sur l’axe Bouaflé-Yamoussoukro, aux environs de 16 heures.

Arrivés à un barrage, les agents du Ministère du Budget avaient essayé de négocier la levée des barricades afin de poursuivre leur voyage.

Pierre Constantin LA FAYETTE