LES DÉPLACÉS DU SAHEL : UNE URGENCE HUMANITAIRE

par | Juil 6, 2020 | Afrique, Géopolitique, SAHEL, Terrorisme | 0 commentaires

De Anastasia Athénaïs Porret |25 juin 2020 | universelmedias

La crise pandémique du Covid-19 a posé la question de la mobilité à l’échelle mondiale. Alors que l’Europe poursuit son déconfinement progressif, de nombreux pays africains craignent sur un pic des contaminations entre août et septembre. Si le continent demeure le moins touché par le virus<, la menace est très inégale d’un pays à l’autre. La situation pourrait surtout être désastreuse dans certains états du Sahel qui affichent un taux de létalité particulièrement élevé. Pour ces pays, cette inquiétude s’ajoute à une autre crise qui ne se tarit pas : celle des déplacés et des réfugiés intérieurs.

La région du Sahel : théâtre d’instabilités multiples

Le Sahel désigne habituellement les pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad). Toutefois, géographiquement la ceinture sahélienne comprend une bande de l’Afrique qui s’étend de l’Atlantique à la mer Rouge. Elle recouvre entièrement ou en partie plus de dix pays. Parmi eux le Sénégal, le sud de la Mauritanie, le Mali, l’extrême nord du Burkina Faso, le Niger, l’extrême nord du Nigeria, le Tchad, le Soudan et l’Érythrée. Depuis plus de huit ans la région est confrontée à de multiples défis humanitaires et sécuritaires . Entre autres, la progression de la menace terroriste qui s’étend maintenant aux périphéries de la ceinture sahélienne. Après le Mali, le nord du Burkina Faso est aujourd’hui particulièrement touché. On remarque en effet un déplacement des conflits depuis 2012, du nord désertique du Mali, à la triple frontière avec le Burkina Faso et le Niger. Le lac Tchad et la Corne de l’Afrique sont aussi devenus des théâtres sanglants d’attaques terroristes. A cela il faut ajouter des conflits communautaires, exacerbés par les conséquences du changement climatique, et aujourd’hui, du coronavirus.

Le terrorisme à l’origine de déplacement de masse

En 2019 seulement, les violences djihadistes et conflits intercommunautaires ont fait 4 000 morts au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Le nombre de déplacés se compte dans les centaines de milliers. Rien qu’au Burkina Faso plus de 700,000 personnes ont fui les violences ces douze derniers mois. Ces mouvements de populations sont le résultat d’une progression rapide des groupes djihadistes dans la région. La tendance n’est pas nouvelle. En 2012 une rébellion touareg indépendantiste portée par le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) éclate au Mali. Ils fusionnent avec le groupe salafiste Ansar Dine et sont rejoints par d’autres groupes djihadistes présents dans la région. En quelques mois, ces combattants prennent le contrôle de la moitié du pays. L’intervention française Serval, remplacée par Barkhane en 2014, contribue à disperser les groupes djihadistes sans pour autant endiguer le mouvement. Fragmentés, ces groupuscules trouvent facilement du soutien dans la région sahélienne en exploitant les rivalités inter-ethniques et intercommunautaires existantes. Le dérèglement climatique qui réduit les zones agricoles et de pâturage accroît d’autant plus ces tensions. En effet, alors que la population est en augmentation croissante, les ressources naturelles s’amenuisent et la radicalisation gagne du terrain.

Augmentation des déplacés internes Sahéliens

Il en est de même dans les pays frontaliers. Le nord-ouest du Nigeria est depuis de nombreuses années le foyer de groupes criminels qui terrorisent les populations. Ces « bandits » jusqu’alors non-affiliés idéologiquement se rapprochent de plus en plus de groupes comme Boko Haram. Ces derniers gagnent du terrain dans la région en tissant des liens avec les populations locales sous tension. En pleine crise du coronavirus, c’est le Burkina Faso qui retombe sous la coupe des djihadistes. Fin mai, plusieurs attaques terroristes ont fait au moins 50 morts dans le nord et l’est du pays. L’insécurité montante est désormais responsable de l’une des crises de mouvements de population forcés les plus rapides au monde. L’OCHA note une du nombre de déplacés au Burkina. Soit au moins 560,000 personnes sur l’année 2019. Il s’agit majoritairement de déplacés internes. L’agence des Nations Unis pour les réfugiés définit les déplacés internes Comme « des personnes contraintes de fuir à l’intérieur de leur propre pays, notamment en raison de conflits, de violences, de violations des droits humains ou de catastrophes. » Ils représentent le plus grand groupe de personnes déplacées.

Une augmentation mondiale du nombre de déplacements forcés

Selon le dernier rapport de l’agence des Nations Unis pour les réfugiés (UNHCR), plus de 79,5 millions de personnes étaient déracinées à la fin 2019 . Ce chiffre, qui équivaut à plus d’un pour cent de la population mondiale, est le plus haut jamais constaté par l’agence.

Les réfugiés sahéliens fuient en majorité la guerre et les persécutions. L’enracinement des violences dans la durée et l’augmentation de l’insécurité dans les régions isolées sont un nouveau paramètre à prendre en compte. Ces déplacements forcés sont en effet à la fois plus fréquents qu’auparavant et subis sur le long terme. En effet, sur la zone des trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso) de larges espaces ont été perdus aux mains des djihadistes. Les habitants de ces régions ne bénéficient alors plus d’aucune protection étatique. Ce qui force parfois des villages entiers à migrer durablement vers d’autres régions. A cela s’ajoute le fait que la région est particulièrement affectée par la sécheresse et le dérèglement climatique , ce qui attise d’autant plus les tensions. 80% des personnes déracinées se trouvent en effet dans des territoires affectés par l’insécurité alimentaire et la malnutrition.

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